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Accueil › Interview Padgett Powell

Interview Padgett Powell

Interview de Padgett Powell par Jason Ockert

 

Le roman de Padgett Powell Le mode interrogatif compte 164 pages de questions. Voilà ce qu’en dit le New York Times Book Review : “Le nouvel opus de Powell est une collecte remarquable d’enquêtes philosophiques, tentatives stimulantes de bonne foi cherchant à mesurer l’écart entre ce que nous sommes en tant qu’espèce et d’où nous venons… une méditation audacieuse sur le sublime et le trivial, une réflexion oxygénante sur la vie comme expérience pensée et ressentie… Le mode interrogatif demande une lecture délibérée, parce que c’est un livre courageux, amusant, qui s’intéresse aux mystères essentiels de l’individu et de la société.” Chez Waccamaw, on s’intéresse au mystérieux et à l’audace, et aux livres qui posent beaucoup de questions. Padgett Powell a posé tellement de questions à ses lecteurs que j’ai décidé de l’interviewer en assénant des affirmations.

Jason Ockert : Selon la jaquette du livre Le mode interrogatif, vous êtes “fasciné par la sensation de vivre au quotidien, d’entendre le rythme et la franchise de l’américain parlé”…

Padgett Powell : Quand des gens bien intentionnés écrivent ce genre de choses pour vous, il faut avoir la prudence de les laisser faire de peur d’avoir à écrire quelque chose de pire vous-même.

JO : Bien que vous ne donniez jamais de nom au narrateur du livre, vous lui donner un nom dans votre tête.

PP : C’est moi (en français dans le texte).

JO : Beaucoup de questions tirées du Mode interrogatif proviennent d’expériences personnelles. Vous avez, par exemple, veillé au bien-être d’un geai bleu blessé.

PP : Au bien-être, je ne sais pas. Il est mort peu de temps après que je l’ai confié à un refuge pour animaux sauvages. Je réfléchirai à deux fois avant d’en confier un autre.

JO : Le protagoniste veut des réponses à toutes ses questions pour une raison. Il va se servir de toutes ces informations.

PP : Il caresse l’idée de dresser des portraits pour la CIA. Les vôtres et le sien.



JO : Je recommande de lire Le mode interrogatif de manière consécutive plutôt que de piocher des passages ici et là.

PP : Je le recommanderais aussi.

JO : En parlant de structure narrative, le mode est important (c’est dans le titre de votre livre). Le personnage aussi. Et la voix/ le style. Mais le cadre, l’intrigue, les actes sont négligés.

PP : Ça roule ma poule (en français dans le texte). Voilà, j’ai épuisé mon français (en français dans le texte).

JO : La forme de cette interview pourrait sembler fantaisiste aux yeux de certains lecteurs. Ce mot, “fantaisiste”, a été utitilisé pour qualifier votre livre.

PP : On a plus souvent dit “bizarre”, ce qui n’est pas aussi fantaisiste que ça pourrait l’être.

JO : Le protagoniste du Mode interrogatif a plus de panache que d’autres personnages que vous avez créés. Que Rod/Scarliotti par exemple. J’ai eu du mal à imaginer Rod/Scarliotti assis sur le rebord d’une baignoire en train de se couper les ongles de pieds, mais je peux tout à fait imaginer le type du Mode Interrogatif le faire.

PP: Ce qui est improbable avec Scarliotti c’est le fait qu’il ait pu tirer son coup ou même son discours à la fin, rien de tout ça n’aurait pu lui arriver dans la vrai vie vu  l’état dans lequel je l’ai trouvé (tête  blessée, morfondu, Père et tout le reste). Se couper les ongles? Je suis sûr qu’il aurait pu s’il en avait eu l’occasion.

JO: Vous préférez la compagnie des chiens à celle des gens.

PP : Sans aucun doute, pourvu que les chiens soient bien dressés. Je suis un Koehleriste. Voir William Koehler et sa Méthode pour dresser les chiens.

JO : La litanie de questions dans votre livre alimente le narcissisme du lecteur. “Nous” sommes assez importants pour être questionnés.

PP : Cela aussi pourrait être tiré du livre de Mr Koehler. Un chien se sent important quand il est bien élévé et qu’on lui donne une tâche à réaliser. Puisque nous sommes dans son quartier, nous devrions rappeler le conseil de Ms. Von Blixen : “Tirez de la fierté de vos chiens. Ne les laissez pas devenir gros.”

JO : Les écrivains font attentions aux rumeurs.

PP : Les Indiens adoraient les pieds de biche. Cette phrase n’est pas de moi mais de Ian Frazier dans Great Plains.  Quand un lecteur a apprécié Frazier, il devrait enchaîner avec Joseph Mitchell, la véritable inspiration.

JO : Si vous n’étiez pas devenu écrivain/professeur, vous seriez toujours charpentier-couvreur.

PP : Bien sûr. Sincèrement, vers 30 ans je me ramollisais déjà et je trouvais le moyen d’être à l’épicerie à 9h30 du matin pour acheter des bières.

JO : Vous vivez dans une cabane dans les arbres.

PP : Non, mais c’est ce qu’a déclaré un garçon plein de bonne volonté qui bossait dans le journalisme. Cela dit, j’ai écrit IM dans un appartement en étage élévé, en fait deux appartements vu qu’à l’époque à laquelle je l’écrivais, je déménageais du 10e au 12e étage. J’ai vu des aigles et une magnifique série d’ouragans depuis cet endroit.



JO : En tant que professeur de lettres vous n’êtes pas paralysé par la peur concernant l’avenir de la littérature.

PP : Qui l’est?

JO : C’est important de savoir d’où l’on vient quand on est écrivain. Vous êtes de Gainesville, en Floride.

PP : J’y suis né en 1952 mais je n’y ai pas grandi. À partir de 8 ans je vivais dans une orangeraie vers Orlando, Orlando n’est fait que d’orangeraies d’ailleurs. À 14 ans, j’ai vu la pièce de théâtre One Percent à Jacksonville. À 20 ans le One Percent était le groupe Lynyrd Skynyrd – des garçons avec qui j’étais allé à l’école devenus millionnaires et moi j’étais en deuxième année à la fac.

JO : Le terme derridien de “différance” selon lequel les mots échouent à donner un véritable sens et peuvent uniquement être définis lorsqu’ils sont reliés à d’autres mots, dont ils diffèrent, devrait être appliqué au Mode interrogatif.





PP : OK.

JO : Une fois, vous avez déclaré : “Vous ne devriez pas essayer d’être écrivain si vous n’êtes pas capable de vous assoir dans un bar et de parler à un type ivre sans qu’il se lève et s’en aille.”

PP : C’est une extension du Bar test : ce que vous dites dans vos écrits, vous devriez être capable de le dire à un étranger dans un bar. Si vous êtes dans un bar et que vous dites “L’enfant avança dans la sombre et froide maison, bientôt il allait découvrir le corps glacé et sans vie de sa mère dans la baignoire”, sans faire signe à ceux à portée de voix qu’ils ont le droit de rire, vous avez échoué au Bar test.

JO : J’ai lu quelque chose sur vous, dans le New York Times Book Review : “ M. Powell est comme l’invité d’honneur dans un grand dîner.”

PP : C’est de Scott Spencer, un bon écrivain, qui continue à dire des choses meilleures encore que ce que vous venez de citer. Les lecteurs devraient se reporter au livre de M. Spencer où il voyage dans le monde entier en quête de relations sexuelles.

JO : Une fois, un de mes amis et moi avons sollicité vos conseils concernant le vol d’une gigantesque figurine en plastique (un garçon aux tâches de rousseur grimaçant de deux mètres cinquante avec une cape bleue et une salopette) attachée au toit d’un restaurant Skeeters abandonné. Vous nous avez suggeré de nous procurer un bloc-notes et de faire comme si nous savions ce que nous faisions.

PP : Procurez-vous un bloc-notes et un camion, renseignez-vous à l’intérieur du restau à propos des fuites qu’ils pourraient avoir, monte ton échelle à la vue de tous mais hors traffic, détachez la figurine et descends-la dans le camion, et je dirais n’y passez pas plus de quinze minute et faites en sorte qu’aucun des employés ne pense que ce service leur coûtera quelque chose directement. Le “propriétaire du bâtiment” vous a envoyés. Juste pour être prudent, emmènez le personnage chez quelqu’un avec qui vous ne vous entendez pas plutôt que chez vous.

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