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Accueil › Surenchères

Surenchères

En 2000, Marc Mars monte à Paris, comme un héros de Balzac égaré dans le mauvais siècle. Plus exactement, il monte à Drouot, la salle de vente aux enchères.  Fasciné par le lieu, ses mœurs, ses personnages, il ne quitte plus les salles et vit au rythme des marteaux. Le virus de Drouot, celui de la quête de l’objet rare, de la chasse au trésor, s’est emparé de lui.

Dix ans plus tard, il écrit Surenchères, un récit fondé sur son expérience de marchand d’art, sur sa connaissance des allées de Drouot.  C’est l’occasion tout d’abord d’une effarante galerie de portraits. Des personnages hors normes qui se croisent, se saluent et s’arnaquent tous les jours, entre les Grands Boulevards et la rue Cadet (une frontière, un « rio grande » pour les piliers de Drouot). Un univers unique, haut en couleurs, comme Paris n’en compte plus beaucoup (plus du tout ?). Surenchères propose une plongée réaliste dans cet univers hors du temps et romanesque, à l’image des fameux Savoyards, véritable « franc-maçonnerie des Alpages », qui cultive ses traditions avec un indéniable sens du secret. Ils s’appellent par leur numéro de matricule et pourtant connaissent les familles de chacun.  L’un des innombrables paradoxes de Drouot.

Marc Mars rend hommage à l’atmosphère de Drouot avec un style à la mesure du lieu : vivant, truculent, « hénaurme », sans autocensure. On pense à Michel Audiard, Antoine Blondin et surtout aux polars incisifs et foutraques de Pierre Siniac. Une écriture populaire et décapante qui, comme l’ambiance des salles de vente, n’a pas beaucoup d’équivalent en 2010.

 

Extrait

Pendant des lustres - des années plutôt, car tout ne fut pas toujours brillant - je m’étais contenté sans aucun génie d’imiter mes pères. Chaque lundi, par tous les temps, je grimpais dans le fourgon Volvo, couvertures et vieux journaux entassés à l’arrière, coup d’envoi d’une longue semaine de bourlingue, chevauchée sur les routes ventre à terre à bouffer du kilomètre, à creuser fiévreusement le sillon des salles de vente de province. Il n’y avait alors qu’à se pencher pour ramasser. La France des seventies, sans se l’avouer, tournait pourtant une page. Les vieilles comtesses sépia soupant jadis avec Proust se ramassaient à la pelle comme mouches à l’automne. Des héritiers ignares bradaient les collections de céramiques, qu’une bourgeoisie avide, non sans arrières pensées, thésaurisait. Nous autres brocanteurs n’étions que le chaînon cynique de l’effrayant naufrage. La faim au ventre, nous vivions comme des roitelets. Sans compétence, nous nous contentions de tenir notre hotte grande ouverte, entassant pêle-mêle les Daum, Lachenal, les Sèvres et les Puiforcat1, les Barye et autres bronzailles, pour tout déverser à la louche, au plus vite, joujoux au kilo et repartir pour une nouvelle razzia. Un moment pourtant l’orgie commença à tarir. L’inépuisable grenier de la France abritait tant de nuisibles que les réserves avaient fondu. La moisson se fit moins juteuse. La presse prédisait une victoire de la Gauche. 

- Qu’est-ce que tu t’emmerdes ? me dit un jour Emile en ricanant. Lire la suite

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